Nous sommes parents d’un adolescent de 17 ans qui a été diagnostiqué comme étant atteint du syndrome Gilles de la Tourette à l’âge de 9 ans. Comme vous pouvez vous en douter, depuis ce temps, nous en avons vu de toutes les couleurs. Il y a les tics, les obsessions, les compulsions, les problèmes de comportements, le harcèlement et plusieurs crises de rage importantes.
Tous les intervenants scolaires connaissent notre fils, en passant par la psychologue, le personnel de l’encadrement, le directeur, la secrétaire, les professeurs et tous les élèves. Nous avons eu une chance extraordinaire, notre fils ne présente aucun trouble d’apprentissage. Par contre, comme son comportement est assez particulier, il a été admis à l’École Vanguard secondaire francophone en secondaire III (il est actuellement en secondaire V). Comme les groupes sont plus restreints en terme d’effectif, cela lui a permis de mieux fonctionner. Mieux fonctionner ne veut pas dire aucune retenue, aucune suspension, aucun appel du directeur. Il a même dû signer un contrat de réintégration en août 2002 afin de poursuivre sa scolarité à cette école.
À l’été 2002, suite à sa visite chez le neurologue, celui-ci nous a suggéré un traitement choc (placement dans une famille d’accueil pour une durée de trois mois). Toute la famille, nous sommes cinq à la maison, était épuisée et sur le bord de sombrer. Afin d’appliquer le traitement choc, nous avons dû faire appel à la DPJ pour une demande de placement volontaire. Cela a été, sans conteste, la décision la plus difficile de notre vie. Il faut dire, que cette décision se prend avec la tête mais non avec le cœur. Au début, nous avions peur de la DPJ et peur de la réaction de notre fils. Pour nous, faire appel à la DPJ représentait quelque chose de négatif et, il faut bien le dire, un constat d’échec de notre part. Cela nous a pris au moins deux semaines avant de faire le téléphone fatidique.
Un jour que j’étais au travail et particulièrement déprimée, moi la mère, je me suis décidée à téléphoner. Évidemment, j’ai été bombardée de questions mais contrairement à ce que nous pensions, l’accueil était très chaleureux. La personne contactée nous a dit que cela prendrait au moins deux semaines avant d’avoir des nouvelles, le temps de déterminer si le signalement était retenu. Deux semaines d’enfer pour des cœurs de parents. Nous avons eu des nouvelles à peu près trois semaines plus tard pour nous mentionner que le signalement était retenu et qu’une autre personne de la prise en charge communiquerait avec nous. Comme ils sont débordés, en attendant, on nous a suggéré de faire appel au service CAF (Crise Ado-Famille) offert par le CLSC. Nous avons téléphoné au CLSC et une travailleuse sociale est venue rencontrer toute la famille pour une première fois. Pour les autres rencontres, elle me rencontrait avec mon fils et ensuite elle prenait du temps avec lui seulement. Elle nous a suivis ainsi jusqu’à ce que la DPJ nous rappelle et qu’une autre travailleuse sociale de cet organisme vienne nous rencontrer. Madame Leduc, travailleuse sociale représentant la DPJ, a apporté un peu de soleil dans notre vie. Elle a été compréhensive, douce, chaleureuse et très attentive à nos besoins. Il lui a fallu peu de temps pour se rendre compte de la situation familiale et voir notre épuisement. Elle est venue nous rencontrer à peu près chaque semaine (surtout mon fils et moi) jusqu’à ce qu’elle me mentionne qu’elle avait trouvé une solution temporaire à notre problème. Il était très difficile de trouver une famille d’accueil pour notre fils à cause de ses crises de rage et de son âge (il est à noter qu’il mesure environ six pieds et qu’il pèse un peu plus de deux cents livres). Plusieurs familles avaient peur. Elle a finalement trouvé une famille qui était prête à accueillir notre fils les fins de semaine, c'est à dire, du vendredi soir au dimanche soir. Nous avions convenu que lorsqu’une place se libérerait dans cette famille que le placement de trois mois serait à cet endroit. Il n’a pas été facile de faire accepter cette décision à notre garçon, mais il est parti au début de novembre pour la première fois. Évidemment, nous étions allés rencontrer les gens avec notre fils et la travailleuse sociale avant la première fin de semaine de répit. Ce placement a vraiment été apprécié par tous les autres membres de la famille. Nous avons appris à souper calmement, à sortir avec les deux autres enfants sans toujours se demander ce qui était pour se passer. De plus, lorsqu’il revenait, il était beaucoup plus calme. Comme il n’était pas volontaire pour un placement de trois mois nous avons dû passer devant un juge. Encore là, nous avons été soutenus par la travailleuse sociale.
Lorsque nous nous sommes présentés en cour au mois de février tout s’est bien passé et notre fils a décidé de ne pas contester la décision du placement. Il a donc quitté la maison pour trois mois vers le 16 février 2003. Cette journée a été assez pénible et pour lui et pour nous. Au début, il ne pouvait pas du tout venir à la maison pour les trois premières semaines (y compris la semaine de relâche scolaire). Depuis ce temps, il passe les fins de semaine avec nous et il repart le dimanche soir. Nous avons vu un grand changement dans son comportement et nous avons remarqué qu’il s’était engagé dans un processus de réflexion qui était pour ainsi dire inexistant avant le placement. Depuis qu’il est en famille d’accueil, une autre travailleuse sociale de la DPJ a pris la relève et elle s’assure que tout se passe bien en nous rencontrant et en allant voir notre fils.
À son retour à la maison, au mois de mai, la travailleuse sociale continuera de nous visiter pour s’assurer que tout va bien et/ou trouver d’autres alternatives s’il y a lieu. Nous sommes aussi assurés qu’il recevra la visite d’une éducatrice pour lui apprendre à gérer les situations qui le font exploser. Tous les services seront maintenus jusqu’à ses 18 ans.
Nous avons beaucoup appris au cours de ces derniers mois. Nous avons constaté que l’association que plusieurs font entre la DPJ et la peur n’est pas fondée. Nous avons été très bien accueillis, compris et nous ne nous sommes jamais sentis jugés (même devant le juge). Les personnes avec qui nous avons eu des contacts étaient très douces, compréhensives, rassurantes et consciencieuses. Si nous pouvons nous permettre de vous donner un conseil, c’est de ne pas attendre trop tard. N’oubliez pas qu’à 18 ans, les services ne sont plus disponibles, car nos enfants sont légalement des adultes.
Des parents moins épuisés et plus rassurés.