Je lis toujours avec attention et beaucoup d’intérêt la chronique du Dr Francine Lussier, neuropsychologue. Je la remercie pour ses conseils pertinents au sujet de l’éducation des enfants Tourette. J’ai moi-même un garçon qui est atteint du syndrome et qui évolue très bien actuellement (il a dix-huit ans au moment d’écrire ces lignes). Il a fini son secondaire et il est maintenant au cégep. Il a une blonde et beaucoup d’amis. Je suis très fière parce que Nicolas n’a pas toujours été facile. J’aimerais vous donner quelques conseils qui nous ont aidés, mon mari et moi, à l’acheminer vers plus de maturité et une meilleure estime de lui-même.
Petit, Nicolas avait beaucoup de comportements insatisfaisants : impoli, désagréable, impulsif, agressif et obsessionnel avec en plus, des problèmes d’apprentissage! Comme parents, il faut être très patients, très tolérants, très humbles et avoir le sens de l’humour ou du moins essayer de le développer. Nous nous sommes impliqués beaucoup dans son école primaire et nous avons suivi à la lettre les recommandations de ses professeurs qui nous recommandaient même à certains jours de le garder à la maison!
Nous avons toujours travaillé sur un mauvais comportement à la fois en répétant toujours les mêmes consignes courtes et claires et en infligeant toujours les mêmes punitions. Nous avons constaté, en effet, que la répétition est un élément important pour réussir à améliorer un comportement. Nicolas oubliait toujours très facilement! Lorsque le mauvais comportement s’améliorait enfin, nous le récompensions toujours. La gratification est très importante pour les enfants. L’école n’étant pas le lieu d’épanouissement de Nicolas, il fallait trouver une activité qui le valoriserait et le détendrait. Tous les sports d’équipe le stressaient à cause de la compétition. Nous avons donc privilégié les sorties en auto avec un ou deux amis. Puis, Nicolas s’est découvert une passion pour les go kart, les motos, les autos, les motoneiges : bref, tout ce qui est motorisé.
Le choix de l’école secondaire a été très important. Après plusieurs tâtonnements, nous avons trouvé l’école idéale pour Nicolas. Une petite école où on privilégie les relations humaines, l’estime de soi et l’acquisition des connaissances avec les moyens nécessaires pour les acquérir. Nicolas a réussi ses cours de Maths grâce à un support individuel constant. Au cégep, Nicolas a choisi une technique en impression très adaptée à ses tics vocaux et à son comportement hyperactif. Pour nous, la médication a été d’une extrême importance. Bien médicamentés, les enfants Tourette éviteraient beaucoup de problèmes.
En lisant ces lignes, certains diront que c’est tout un contrat. C’est vrai. Ces enfants exigent beaucoup plus d’encadrement que les enfants normaux. Leur jugement se forme plus lentement, ils deviennent autonomes plus tard. On dirait qu’ils doivent faire plus de bêtises que les autres. À l’adolescence, Nicolas évoluait à la limite de la légalité, comme s’il était incapable de faire la différence entre le Bien et le Mal! Nous étions sa conscience.
C’est pour cela que les enfants Tourette ont plus besoins de nous, plus besoin de notre amour. Nous avons investi beaucoup de temps et d’énergie et nous continuerons. Notre couple s’est solidifié et nos relations familiales ont pris une importance nouvelle. J’ai aussi l’impression d’avoir grandi comme individu. Je dois mentionner que Nicolas a un frère de 31 ans et une sœur de 27 ans qui l’aiment et le supportent beaucoup et nous supportent beaucoup aussi! Ils en sont très fiers et ils le trouvent courageux!
Josée Drouin-Rolland